Positionnement sur les politiques de drogues et les addictions

Le réseau Dianova constate les limites d’une politique internationale axée essentiellement sur la prohibition et la répression.

Cannabis leafDianova constate que malgré les échecs des politiques sur les drogues (notamment à contrer le trafic et à enrayer durablement l’augmentation de la consommation), la situation globale des usagers de drogues a évolué favorablement dans de nombreux pays. L’action menée par les ONG, les associations et même les associations d’usagers de drogues a conduit à une vision moins négative des personnes addictes, tout en incitant les pouvoirs publics à l’adoption de mesures essentielles de santé publique, à l’exemple des politiques de réduction des méfaits et des mesures favorisant le traitement et la réinsertion des personnes addictes.

Cette évolution va dans le sens d’un changement de paradigme nécessaire dans le régime international de contrôle des drogues. Il nous semble essentiel de cesser de criminaliser les usagers de drogues et de mettre l’accent sur une approche de santé publique équilibrée et complémentaire, fondée sur des méthodes qui ont fait leurs preuves.

Certaines approches de traitement et de réhabilitation, à l’exemple des communauté thérapeutiques professionnalisées, font partie de ces méthodes. Les politiques de réduction des méfaits représentent des solutions efficaces et à moindre coût, mais elles ne peuvent s’adresser à l’ensemble des usagers. Les programmes de réhabilitation, résidentiels ou ambulatoires, sont comparativement plus onéreux, mais à long terme ils représentent un investissement rentable en termes de réduction de dépenses des santé, de la criminalité et de l’absentéisme au travail notamment. C’est pourquoi nous exhortons les différents gouvernements à mettre en œuvre un ensemble de politiques complémentaires sans privilégier une approche au détriment d’une autre.

  • Le réseau Dianova constate les limites d’une politique internationale axée essentiellement sur la prohibition et la répression. L’idéal d’un monde sans drogues était sans doute crédible il y a cinquante ans, mais il ne semble plus réaliste à l’aune des données dont nous disposons aujourd’hui. L’impossibilité d’enrayer l’augmentation du trafic, de la corruption et de la consommation de substances psychoactives, en particulier chez les jeunes, atteste de la nécessité de réviser l’approche en vigueur.
  • Le réseau Dianova soutient une réforme du cadre général des conventions et des institutions des Nations Unies en matière de drogues vers une approche de santé publique. Ce cadre doit passer d’une approche essentiellement fondée sur la prohibition et la criminalisation à une approche de santé publique respectueuse des droits humains. La réforme devra en outre encourager l’innovation et la recherche de solutions adaptées à une problématique en constant changement, incluant une offre de traitement renforcée. De plus, nous attendons des institutions des Nations Unies qu’elles jouent un rôle moteur dans ce changement de mentalité en incitant les États à mettre en œuvre un ensemble de solutions adaptées et complémentaires.
  • Le réseau Dianova soutient la mise en place de grands débats sur les dépendances au plan national. Nous estimons urgent de voir les mentalités évoluer au sujet des dépendances dans chaque pays, c’est pourquoi nous soutenons la mise en œuvre de débats transdisciplinaires à la fois politiques, scientifiques et sociétaux, visant notamment à établir des recommandations ayant pour objectif central de réduire les dommages liés aux différents usages de substances, et tenant compte de la dangerosité comparée de celles-ci.
  • Le réseau Dianova se prononce pour la décriminalisation de l’usage de toutes les substances psychoactives. Plusieurs centaines de milliers de personnes addictes sont criminalisées, punies de lourdes peines de prison, voire dans certains pays de la peine capitale, pour avoir fait usage de drogues illicites. Même les États de droit condamnent ces personnes au fardeau d’un casier judiciaire qui leur interdit l’accès à certains emplois. Nous soutenons la mise en œuvre de politiques basées sur la santé publique et les droits humains et nous réclamons qu’il soit mis un terme à ces politiques répressives inefficaces qui ne font que marginaliser les usagers de drogues et réduire leurs possibilités d’accéder aux soins dont ils ont besoin.
  • Le réseau Dianova soutient la mise en œuvre de mesures basées sur les données et les preuves scientifiques. Il convient de limiter le poids des idéologies et des représentations subjectives et de privilégier des approches et des programmes validés par les données scientifiques, puis suivis et régulièrement évalués.
  • Le réseau Dianova soutient la mise en œuvre de mesures complémentaires et d’alternatives innovantes. Privilégier une seule approche ou une seule catégorie de programmes (par exemple : traitement résidentiel/ambulatoire seul, ou stratégie de réduction des dommages seule) ne peut pas répondre à l’ensemble des besoins spécifiques des personnes addictes, c’est pourquoi nous soutenons la mise en œuvre de solutions et d’approches complémentaires et d’alternatives innovantes, fondées sur les besoins et sur les droits fondamentaux des personnes, dans les domaines de la prévention et du traitement des dépendances.
  • Le réseau Dianova soutient l’accès des patients au cannabis médical. Dianova estime que les données scientifiques actuelles démontrent la validité des applications thérapeutiques du cannabis, notamment pour ses propriétés analgésiques, relaxantes, antispasmodiques et anti-vomitives, de stimulation de l’appétit, etc. Le réseau estime par conséquent que les patients concernés doivent avoir accès à un produit dont la qualité est surveillée, distribué en pharmacie ou dans des centres spécialisés et selon les modalités d’administration approuvées par les autorités de santé.
  • Le réseau Dianova soutient un accès universel des patients aux médicaments essentiels et au soulagement de la douleur. Le système de contrôle des drogues ne permet pas un accès équitable aux médicaments comme les analgésiques à bases d’opiacés, essentiels à la prise en charge des douleurs et des souffrances évitables. Dianova demande l’élimination de tous les obstacles politiques qui empêchent certains États à faibles et moyens revenus d’assurer un approvisionnement adéquat, ce qui représente un droit humain fondamental.
  • Le réseau Dianova prend acte de la décision de plusieurs États de mettre en œuvre une politique de libéralisation/régulation du cannabis. Dianova estime que les connaissances scientifiques actuelles de même que les conséquences négatives de la prohibition de cette drogue étayent le choix faits par ces États ; cependant, étant donné les doutes qui subsistent sur ces politiques, eu égard notamment aux risques sanitaires liés au cannabis et à celui de voir la consommation augmenter chez les jeunes, le réseau Dianova prend donc acte de ces décisions et reste très attentif à l’évolution des connaissances scientifiques découlant de ces politiques.
  • Le réseau Dianova se positionne contre la libéralisation/régulation des substances illicites. Il est déjà difficile, voire impossible, pour les pouvoirs publics de contrôler efficacement la consommation de tabac et d’alcool, notamment par les mineurs et les jeunes adultes.  C’est pourquoi, il nous semble qu’en l’état actuel des connaissances, le risque de voir l’usage de drogues actuellement illicites exploser en cas de libéralisation est trop grand pour que l’on choisisse cette voie.